Trois anciennes photographies scannées du diaporama de la conférence de 1991 et
correction d'une erreur d'appréciation de jeunesse
((((( avec, en plus, une découverte curieuse sur le toponyme Saint-Aubin d'Avrillé ))))
avec enrichissement documentaire avec l'expérience de l'âge...
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Pour des raisons qu'il serait trop longues à expliquer, mon enquête de 1991 fut réalisée seul, comme presque toutes mes enquêtes du Projet ECCLESIA en une semaine seulement, limitant mon temps de recherches et de vérifications. Ayant un peu de temps, je me permets d'ajuster et de corriger, avec l'expérience de l'âge, ou en tout cas de documenter plus précisément, la datation de cet édifice rare et curieux, et d'en indiquer quelques précisions géographiques, géologiques, historiques, antiques, voire préhistoriques...
Dans ma brochure d'inventaire documentaire de 1991, j'ai daté la nef de cette église de la fin du XIe siècle, comme la grande majorité des églises romanes reconstruites à la suite de la Réforme grégorienne : contreforts plats, petit appareil de maçonnerie assisée, quelques traces de rangs de moellons en arêtes de poissons. Cependant aujourd'hui (septembre 2026), avec l'expérience de l'âge, je me permets de revisiter mon point de vue, pour remonter quelque peu cette datation à la première moitié du XIe siècle ou au milieu du XIe siècle. Certains datent même l'édifice du Xe siècle, il est difficile de trancher et de trouver des peuves pour ce faire... Il faut donc compléter les élements de jugement sur cette question.
Il faut d'abord noter qu'aucune enquête générale des églises d'Indre-et-Loire, ou des églises de l'Anjou, puisque Avrillé était dans le diocèse d'Angers, n'existe vraiment. Un tel inventaire existe dans le Loir-et-Cher avec l'excellent ouvrage du Dr Frédéric Lesueur : Les églises de Loir-et-Cher (Éditions A. et J. Picard, Paris, 1969). Ainsi, il est plus facile de s'appuyer sur un ouvrage comme celui-ci pour avoir une appréciation architecturale plus juste des maçonneries médiévales dans la partie karstique et sédimentaire du Bassin parisien de la Région Centre Val de Loire. Pour s'en rendre compte, on peut consulter la correction de datation que j'ai faite de ma propre étude de l'église Saint-Martin d'Autrèche (Indre-et-Loire ; 37), située dans le diocèse de Tours, non loin de la limite avec le diocèse de Chartres, qui eût manifestement à subir les affres d'un conflit entre le comte d'Anjou, Foulque Nerra, et le comte de Blois Eudes II, au début du XIe siècle, et dont la datation est facilité par celle d'une église proche, celle de l'église Saint-Pierre de Villeporcher (Loir-et-Cher ; 41), autrefois située dans le diocèse de Tours.
L'église Saint-Aubin d'Avrillé présente architecturalement une caractéristique rare et étrange : extérieurement la nef primitive en pierres était constituée en deux travées séparées par des contreforts plats, et la travée située à l'est, proche du choeur, a, de chaque côté, nord et sud, deux baies en forme de meurtrière situées inhabituellement bas dans ces murs latéraux. Ceci est une disposition militaire rare sur un édifice ecclésiastique. On doit donc voir l'église Saint-Aubin d'Avrillé comme une église fortifiée, édifice de refuge pour sa population mais aussi édifice de défense pour le seigneur concerné. Si des baies basses étaient complétées par des aménagements hauts de fortifications en bois, comme des hourds, au sommet de ces murs, ceux-ci ont évidemment disparu comme sur toutes les fortifications en pierres nées au début du XIe siècle lors des ambitions territoriales et agressions de Foulque Nerra, comte d'Anjou.
La première travée ouest, plus courte, était éclairée par une baie de chaque côté située haute dans les murs. Cette première travée devait servir à l'emplacement primitif du clocher posé au sol à l'intérieur même de l'église, comme on peut le voir dans l'église de Saint-Clément de Diou dans l'Indre.
Une visite photographique : https://atlas-roman.blogspot.com/2017/07/avrille-les-ponceaux-eglise-saint-aubin.html
Le dispositif militaire de la seconde travée, à l'Est, avec ces baies basses dans les murs, semble pouvoir s'expliquer par le statut juridique de l'édifice lui-même et par les évènements dudit conflit régional. Ces maçonneries seraient donc à dater de ce conflit, voire juste après celui-ci, c'est-à-dire entre 1010 et 1040.
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La présentation à la cure de l'église Saint-Aubin d'Avrillé appartenait au seigneur de la paroisse, seigneur qui était celui de Gizeux, seigneur à l'origine de la construction de l'édifice. C'est une survivance de la gestion aristocratique des domaines, villae carolingiennes prises sur les gallo-romains et transmises par les Mérovingiens, survivance due à l'isolement des lieux mais aussi due à une intelligence avec l'Église catholique romaine du siège métropolitain de Tours placé sous autorité royale, comme garante et garantie dudit bien, dans un temps où noblesse et clergé sont le plus souvent de la même extraction sociale.
Par droit de présentation, le seigneur de Gizeux choisissait un curé qui était confirmé par l'évêque d'Angers à qui appartenait la collation à cet office. Cette origine militaire explique probablement la particularité architecturale du début du XIe siècle : les baies en archère bizarrement basses de la nef, habitude architecturale dans la construction des cryptes à cette époque, le sol de l'église étant en pente vers l'Est... Mais là, il s'agit d'autre chose...
Le premier seigneur de Gizeux connu des historiens est Mathieu de la Jaille, chevalier, seigneur de Gizeux, en 1212. Comme indiqué dans mon étude, la diplomatique nous donne auparavant les mentions d'un certain Escot de Gizeux, chevalier, en 1136, et d'un certain Guy de Gizeux, chevalier, en 1190. Ces mentions sont largement postérieures à la construction de l'église, mais le statut de chevalier de tous ces seigneurs nous indique le caractère important de cette seigneurie, et sans doute ses liens anciens avec la chevalerie romaine. Le marketing a banalisé le statut de chevalier, alors qu'au Moyen Age, il s'agissait de personnages rares, puissants et importants.
Il est à noter que le prieuré cure de Continvoir, comme voisine de celle d'Avrillé-les-Ponceaux, constituait un fief relevant aussi de la seigneurie de Gizeux et que ce prieuré cure était ecclésiastiquement une dépendance du prieuré Saint-Cosme, dont les ruines sont visitables aujourd'hui sur la commune de la Riche, près de Tours. La présentation à ce prieuré cure, le choix du prieur, était alternativement un droit du seigneur de Gizeux et du prieur de Saint-Cosme, avant la nomination et confirmation officielle par l'évêque d'Angers. Le prieuré de Saint-Cosme est une fondation du début du XIe siècle, œuvre parmi d'autres fondations ecclésiastiques d'Hervé de Buzançais, trésorier de la basilique Saint-Martin de Tours, personnage décédé en 1022. L'église Saint-Aubin d'Avrillé semble appartenir à ce renouveau postérieur aux troubles des invasions normandes et est donc liée à la seigneurie de Gizeux et au priéuré de Saint-Cosme, mais aussi aux crimes de Foulque Nerra, comte d'Anjou.
Le clocher actuel, construit latéralement sur le côté sud de la nef, comme une tour défensive en pierres, date du début du XIIe siècle, tout comme la façade en pierres de taille. Les deux accès au clocher, arc intérieur et porte extérieure, ont été percés ou agrandis au XIXe siècle comme j'ai pu le renseigner dans mon étude rappelée en début d'article. Le chœur a été reconstruit à la même époque, majoritairement aux frais du seigneur de Gizeux qui prélevait la majorité des dîmes sur la paroisse, dîmes servant à l'entretien, voire à la reconstruction, du chœur. Son architecture assez peu romane, reprenant sans doute en plus grand le plan de l'ancien chœur de la fin du XIe siècle, semble un choix d'économie, voire une option de style pré-cistercien.
Les seigneurs de Gizeux semblent avoir eu pour habitude de choisir le curé de la paroisse d'Avrillé parmi les clercs du prieuré Saint-Cosme, car vers la fin du XIe siècle ou au début du XIIe siècle, l'église Saint-Aubin d'Avrillé semble être devenue un prieuré lié au prieuré de Saint-Cosme reconstruit et refondé en 1092. Le seigneur de Gizeux fit peu après cette date des dons importants, notamment d'une partie de ses dîmes, au prieuré de Saint-Cosme. Le lien est donc certain avec la basilique Saint-Martin de Tours, comme tous les édifices chrétiens catholiques romaines de la région.
Le choix du seigneur de Gizeux du recrutement parmi les clercs du prieuré Saint-Cosme, établissement dépendant de la basilique Saint-Martin et situé près de Tours, siège métropolitain de la province comprenant notamment l'Anjou, le Maine et la Bretagne, peut s'expliquer par le besoin de la seigneurie de Gizeux de se préserver des agitations guerrières d'Angers et donc de celle de Foulque Nerra, car Avrillé se situe près de la frontière entre les deux diocèses, mais côté angevin. On trouve les mêmes choix de tutelle de protection à Restigné à propos de son église Saint-Martin, édifice dont j'ai fait une étude y compris de ses noms de lieux, et paroisse située sur cette même frontière, aussi côté angevin. Bizarrement l'explication est donnée par Jules César dans la Guerre des Gaules et le pourquoi du comment semble géologique... De plus quand on voit les minéraux sombres et les silex dans la maçonnerie de la nef de l'église Saint-Aubin d'Avrillé, entre les pierres blanches et tendres du tuffeau d'Anjou, on doit faire appel à une qualification toute particulière, celle de géologue pour avoir une appréciation véritable des matériaux et minéraux concernés, car nous sommes là, non seulement sur une frontière gauloise entre les Turons et les Andecaves, entre deux antiques diocèses romains, sur une frontière naturelle, faunistique, sylvicole et agricole, mais aussi sur une frontière minérale... aux influences multiples plutôt négligées... anciens bords de mer du Crétacé et périodes géologiques suivantes... mais aussi brassage d'érosion du massif armoricain, fonds lacustres ou alluvions fluviales...
Un joli port de pêche...
À consulter sur Géoportail avec sa notice du BRGM : http://ficheinfoterre.brgm.fr/Notices/0456N.pdf
Une première appréciation géologique photographique : https://atlas-roman.blogspot.com/2017/07/avrille-les-ponceaux-eglise-saint-aubin.html
pour en faire carrières...
Les deux premières époques de construction et de modification de l'église Saint-Aubin d'Avrillé sont donc ainsi un peu mieux ciblées : première moitié du XIe siècle pour les parties les plus anciennes, les murs de la nef ; fin du XIe siècle ou début du XIIe siècle, pour le chœur, le clocher et la façade ouest, de style roman simplifiée, notamment à cause de la dégradation et du pourrissement possible de la tendre et blanche pierre de tuffeau... Pas de travaux inutiles et ostentatoires, comme d'un choix, là encore, quelque peu militaire...
Il est bon aussi de visiter les statues funéraires exceptionnelles de quelques seigneurs de Gizeux dans l'église Notre-Dame de cette paroisse.
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Le vocable Saint-Aubin se rapporte à la ville d'Angers, mais le phrasé Saint-Aubin, probablement à comprendre comme Syn-int-Aubin, semble être une usurpation, une christianisation d'un phrasé de description géologique bien plus ancien et désignant le terroir de la commune dans son ensemble, comme on peut le remarquer pour bien des vocables (Saint-Didier-au-Mont-d'Or, ou Saint-Didier de Cheillé, par exemples...).
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